Les sources de sa pensée. La vie de Kant

 

Sommaire  

Les sources de sa pensée.

La vie de Kant

Apport conceptuel.

  • Une nouvelle conception de la philosophie.
  • La théorie de la connaissance.
  • La philosophie pratique.
  • La critique de la faculté de juger.

Principales œuvres.

 Les sources de sa pensée.

Kant a été éduqué dans le piétisme, tentative de rajeunissement du luthéranisme protestant qui soumet la conduite humaine à de sévères maximes.
D’abord influencé par la tradition rationaliste (Leibnitz, Wolff), Kant s’en éloignera sous l’influence de Hume.
Rousseau conduira Kant à réfléchir sur la conscience morale.

 La vie de Kant

Emmanuel Kant naît en 1724 à Königsberg en Prusse. La ville est prospère, a une Université et est ouverte au commerce maritime et donc aux pays de mœurs et de langues différentes. Kant dira de Königsberg qu’elle est une ville “adaptée au développement de la connaissance des hommes et du monde, et où, sans voyage, cette connaissance peut être acquise”. Kant sortira peu de sa ville.
Le milieu social de Kant est un milieu pauvre. Son père est maître sellier. Sa mère lui donne une éducation rigoureuse, pieuse, mais ouverte au savoir. Grâce à l’appui d’un pasteur, ami de la famille, Albert Schultz, Kant peut entrer au collège. Elève brillant, il acquiert une bonne connaissance des auteurs latins. L’enseignement au collège est surtout religieux. Chaque geste de l’existence en est imprégné, ce que Kant condamnera dans “La religion dans les limites de la simple raison”(1793).
En 1740, il entre à l’Université de Königsberg. Il y suit des cours de philosophie, de mathématiques et de physique.
En 1747, il quitte l’Université avant d’avoir obtenu tous ses grades à cause de la mort de son père. Il devient alors précepteur dans des familles nobles et bourgeoises des alentours de Königsberg.
En 1755, il retourne à Königsberg et obtient de l’Université l’autorisation d’y donner des cours privés en qualité de Privatdozent. Il le restera 15 ans (jusqu’en 1770). L’Université le nomme en 1765 sous-bibliothécaires pour accroître ses maigres ressources et le dédommager de l’échec de sa candidature à une chaire.
En 1770, Kant est enfin nommé professeur titulaire à la chaire de logique et de métaphysique avec sa Dissertation sur la forme et les principes du monde sensible et du monde intelligible (Dissertation de 1770). C’est la première ébauche de philosophie proprement kantienne. Jusque là, Kant a publié de façon intensive. Il va cesser de publier pendant 10 ans, le temps d’élaborer son œuvre.
Comme il le dira dans les Prolégomènes, il a été tiré de son “sommeil dogmatique” par la lecture de l’empiriste Hume. Kant, jusque là, pensait que les sources de la connaissance ne sont pas dans l’expérience mais dans l’esprit, la raison. C’est la théorie intellectualiste ou dogmatisme. Pour Hume, au contraire, toutes nos connaissances sont issues de l’expérience. L’originalité de la philosophie kantienne, appuyée par les progrès de la physique depuis Galilée et Newton, consistera à tenter une synthèse des deux, à montrer que c’est l’expérience et l’entendement qui permettent tous deux la connaissance. Comme il l’écrira plus tard, l’intuition sans concept est aveugle et le concept sans intuition est vide. Il faut les deux. Ce que cherche Kant c’est avant tout un fondement pour l’usage de la raison, ce qui implique la reconnaissance des limites du pouvoir de celle-ci. Tels seront les thèmes de la première grande œuvre kantienne: La Critique de la Raison Pure, dont la première édition date de 1781. Kant a 57 ans. Il est déjà célèbre par ses publications antérieures mais sa véritable œuvre ne fait que commencer.
La raison ne peut tout connaître. Elle est donc limitée dans le domaine de la connaissance. En revanche, elle a une valeur dans le domaine pratique c’est à dire moral. C’est le thème de La Critique de la Raison Pratique, publiée en 1787.
Reste alors à réconcilier les sphères de la nature, dont les conditions de possibilité de la connaissance ont été déterminées dans la Critique de la Raison Pure, et de la liberté, dont le fondement a été établi dans la Critique de la Raison Pratique. C’est le thème de La Critique de la faculté de Juger qui paraît en 1790 et qui marque l’achèvement de l’essentiel de la philosophie kantienne.
Kant restera professeur jusqu’en 1797. De 7 à 10 h. du matin les cours de philosophie alternaient avec l’anthropologie, la géographie physique et quelquefois même la physique et les mathématiques. Il ne dictait pas ses cours mais parlait librement quoiqu’il prit toujours un manuel de base pour satisfaire aux prescriptions académiques prussiennes. En 1794, le gouvernement prussien lui interdit de s’occuper de matières religieuses dans ses cours et publications. Kant accepte.
Par sa droiture, son grand savoir et son commerce agréable Kant gagne l’estime de ses concitoyens, de l’Université, de ses auditeurs et de ses anciens élèves. Sa réputation est si grande que se constitua vers 1790 une véritable industrie de copistes pour satisfaire, contre monnaie sonnante, aux nombreuses demandes de posséder son enseignement oral que l’on se procurait au moyen de copies d’étudiants.
La vie de Kant se confond avec sa vie professionnelle et sa doctrine. Sa vie est saine et régulière: levé à 5h., il commence sa journée en fumant sa pipe et en buvant du thé puis travaille jusqu’à 7 h, heure de son premier cours. A son retour, il travaille jusqu’à 13 h. C’est alors l’heure du déjeuner, son seul repas de la journée. Il ne mange jamais seul. Ses invités, de 2 à 8 pour que l’ensemble des convives ne soit pas inférieur au nombre des Grâces ni supérieur à celui des Muses, ne sont prévenus que le matin même pour n’avoir pas à renoncer à un autre engagement : ne viennent que ceux qui sont libres. Convive apprécié, amateur de bon vin, Kant ne fait jamais porter la conversation sur son œuvre. Elle se poursuit jusqu’au milieu de l’après midi. Après quoi Kant va se promener (toujours à la même heure à l’exception, dit-on, du jour où arriva le courrier annonçant la Révolution Française). Rentré chez lui, Kant travaille jusqu’à 22 h. et se couche.
En 1797, affaibli par l’âge, il renonce à l’enseignement et passe les dernières années de sa vie dans une retraite studieuse mais recluse. Il meurt le 12 février 1804 à l’âge de 80 ans.

 Apport conceptuel.

Une nouvelle conception de la philosophie.

La métaphysique prétend connaître les objets hors de l’expérience, hors de la nature (Dieu, l’âme, la liberté etc.), objets que Kant appelle les noumènes. Pourtant, elle ne cesse d’offrir la vision d’un champ de bataille où les philosophes s’affrontent depuis des siècles. Faut-il alors sombrer dans le scepticisme ? La raison connaît des succès en science, d’où l’idée de Kant de chercher à savoir comment les mathématiques et la physique ont acquis le statut de science et ce qui les caractérise comme discours scientifique de façon à disposer d’un critère permettant de décider si la métaphysique peut devenir une science et comment elle y parviendra.
Telle est la philosophie critique qui n’a donc pas d’objet propre mais qui est la connaissance que la raison prend d’elle-même. La raison se fait comparaître à son propre tribunal où seront reconnus ses droits, condamnés ses prétentions abusives. La philosophie critique doit pouvoir se présenter comme un traité de méthode.
La raison est entrée dans la voie de la science lorsqu’elle a cessé d’être tenue en lisière par l’expérience et qu’elle a entrepris de la soumettre à ses propres exigences. La raison ne peut saisir que des objets produits par sa propre initiative. Par exemple, l’arpenteur ne pouvait que constater sur le terrain quelques propriétés remarquables des figures qu’il traçait. Le géomètre, lui, démontre ces propriétés au moyen de ce qu’il y met par sa seule pensée. De même la physique scientifique ne se contente pas de constater empiriquement les faits sensibles mais soumet la nature à la raison. Une expérimentation est toujours un processus construit pensé et le physicien va vers la nature non comme un élève va vers son maître mais comme un juge va vers un témoin. Pourquoi ne pas opérer une révolution de ce genre en métaphysique et ce d’autant plus que, dans cette discipline, on prétend connaître des objets situés justement hors de l’expérience ?
L’opinion pense que toute connaissance doit se régler sur ses objets (ce qui conduisit les anciens à croire que les astres tournaient autour d’un observateur terrestre immobile). Copernic fit faire un progrès décisif à l’astronomie en admettant au contraire que ce sont les objets qui doivent se régler sur notre connaissance. Telle est la révolution copernicienne qu’il faut aussi opérer en métaphysique.

La théorie de la connaissance.

Il s’agit de découvrir les principes a priori (c’est à dire antérieurs à l’expérience, conditions de l’expérience) qui fondent l’objectivité de la connaissance. C’est ce que Kant appelle la logique transcendantale (par opposition à la logique formelle qui s’attache à la seule forme de la pensée vidée de tout contenu pour en étudier les règles).
Kant montre que les conditions qui rendent la connaissance possible sont en même temps celles qui rendent possibles les objets de l’expérience. Ainsi, pour expliquer que la pensée peut comprendre les choses, il n’est plus nécessaire de recourir à Dieu pour préétablir leur harmonie comme le faisait Descartes.

a) L’esthétique transcendantale.
Ce qui rend à la fois possible la représentation des choses et l’existence de ces choses, c’est d’abord l’espace et le temps. L’espace et le temps sont les conditions des phénomènes c’est à dire des objets non tels qu’ils sont (et que Kant appelle les choses en soi) mais tels qu’ils apparaissent dans l’expérience. Certes nul phénomène n’existerait sans les choses en soi (Comment avoir une représentation de l’objet si l’objet n’existe pas en lui-même ?) mais seuls les phénomènes sont connaissables alors que la chose en soi, la chose telle qu’elle est indépendamment de tout point de vue, ne peut jamais être l’objet de notre science.
Tout phénomène est dans l’espace et le temps. L’espace et le temps sont des formes a priori de la sensibilité.

  • Ce sont des formesau sens où ils structurent la connaissance.
  • Ils sont a prioricar ils sont les conditions de notre expérience (comment envisager une expérience hors de l’espace et du temps ?) sans en dériver.
  • Ils relèvent de la sensibilité c’est à dire que ce ne sont pas des concepts de l’entendement.
  1. b) L’analytique transcendantale.
    Pour connaître les phénomènes, il faut deux facultés : la sensibilité avec ses intuitions (ce qui correspond à l’usage de nos sens) et l’entendement avec ses concepts. C’est de ces concepts et des principes qui permettent leur usage que traite l’analytique transcendantale.
    Il faut en effet que l’entendement relie les sensations pour que nous puissions connaître. Il le fait au moyen de concepts essentiels qui permettent les différentes formes de jugement et que Kant appelle les catégories. Ces catégories sont au nombre de douze et s’organisent avec leur jugement correspondant selon le tableau suivant :
  Jugements de quantité Jugements de qualité Jugements de relation Jugements de modalité
Jugement Singulier Affirmatif Catégorique Problématique
Catégorie Unité Réalité Inhérence / Subsistance

(Substance et Accident)

Possibilité / Impossibilité
Commentaire Ce que je dis s’applique à un seul cas J’affirme quelque chose J’attribue un accident à une substance Une affirmation ou une négation est présentée comme simplement possible.
Exemple Jacques Durand a les yeux verts Il pleut Ses yeux sont bleus Il pleuvra peut-être demain
Jugement Particulier Négatif Hypothétique Assertorique
Catégorie Pluralité Négation Causalité / Dépendance

(Cause et Effet)

Existence / Non existence
Commentaire Ce que je dis s’applique à plusieurs cas mais non à tous. Je nie quelque chose J’énonce une relation de cause à effet Une affirmation ou une négation est présentée comme réelle
Exemple Quelques hommes sont heureux Il ne pleut pas S’il y a une justice, les méchants seront punis Il est en train de pleuvoir
Jugement Universel Indéfini Disjonctif Apodictique
Catégorie Totalité Limitation Communauté

(Action Réciproque)

Nécessité / Contingence
Commentaire Ce que je dis s’applique à tous les cas. Un jugement affirmatif contient un prédicat négatif J’établis un rapport de propositions entre elles en tant que l’une exclut les autres et que tous les cas sont considérés. Une affirmation est présentée comme nécessaire
Exemple Tous les hommes sont mortels. L’âme est non mortelle Le monde existe soit par effet du hasard, soit par nécessité, soit par une cause extérieure Le plus court chemin d’un point à un autre est un segment de droite.
  1. c) La dialectique transcendantale
    Kant y montre les illusions de la raison lorsqu’elle prétend connaître les noumènes(Dieu, la liberté, l’âme etc.)
    Quand l’entendement procède par concepts, la raison pense par idées. Ce qui caractérise les idées est qu’elles pensent leur objet au-delà de l’expérience en de purs êtres de pensée ou noumènes. La métaphysique a pris de simples pensées pour de véritables connaissances sans égard au fait que le passage des premières à la connaissance n’est possible que si l’objet est donné dans une intuition sensible.
    Voici les erreurs et illusions contenues dans la métaphysique classique :
  • Les paralogismes de la psychologie rationnelle : Kant critique le fameux ” Je pense “de Descartes qui conclut à l’existence d’une substance pensante sans voir que le “je” n’est qu’une simple fonction logique.
  • Les paralogismes de la cosmologie rationnelle : on veut connaître le monde tel qu’il est en soi. La raison devient la proie d’antinomiesc’est à dire qu’elle est capable à la fois de démontrer la thèse et l’antithèse au moyen de raisonnements dont la forme logique est également irréprochable. Les antinomies sont au nombre de quatre et portent donc sur quatre questions : Y a-t-il une origine du monde dans le temps et une limite du temps dans l’espace ? La substance est-elle ou non divisible à l’infini ? Y a-t-il par delà le déterminisme naturel une causalité libre ? Existe-t-il une cause première au monde ?
    Par exemple, je peux démontrer aux moyens de raisonnements tout aussi irréprochables à la fois qu’il existe une cause première au monde (Dieu) et que cette cause n’existe pas. Bien entendu, les deux démonstrations s’annulent l’une l’autre. On ne peut ici rien démontrer parce qu’on peut trop bien démontrer aussi bien la thèse que l’antithèse.
  • Les paralogismes de la théologie rationnelle : on avance des preuves non concluantes de l’existence de Dieu.
    L’argument ontologiqueconfond existence et prédicat. L’argument ontologique se résume ainsi : Je conçois l’idée d’un Dieu parfait. Or, l’existence est une perfection. Donc, Dieu existe. Je fais donc de l’existence un prédicat ce qui constitue une confusion aux yeux de Kant.
    L’argument cosmologique consiste à tenir le raisonnement suivant : tout effet a une cause. Donc le monde (effet) doit avoir une cause (Dieu). Dieu existe donc. Il s’agit, selon Kant d’un usage illégitime du principe de causalité car ce principe ne vaut que dans le monde.
    L’argument physico-théologique consiste à dire que le monde est une œuvre d’art, une harmonie, ce qui suppose un Dieu ordonnant l’ensemble. Il ne s’agit pas pour Kant d’une preuve suffisante.

Ainsi la raison ne peut connaître les noumènes. Mais quel est alors son usage ? Il est double :

  • Un usage régulateur et heuristique. La raison en posant des objets en idées propose des points de convergence pour la connaissance, des foyers imaginaires, l’horizon d’une perfection inaccessible.
  • Mais, surtout, l’intérêt le plus élevé de la raison n’est pas la connaissance mais l’action. Elle n’a pas à déterminer ce qui existe dans le monde mais ce qui doit être pour la liberté.

Quant aux noumènes, à défaut d’être l’objet de notre savoir, ils peuvent devenir l’objet d’une foi de la raison.
On trouvera ci-dessus un tableau récapitulatif des facultés dans la Critique de la Raison Pure : 

Phénomènes Sensibilité à Intuitions

Entendement à Concepts

Connaissance à Domaine théorique.
Choses en soi

Noumènes

Raison à Idées Pensée, croyance à Domaine pratique.

La philosophie pratique

  1. a) La volonté bonne.
    Il n’y a de morale qu’une volonté bonne. La volonté bonne est une volonté qui veut le bien et qui le veut vraiment. Il ne s’agit pas d’une simple intention mais d’une volonté ferme qui aboutit presque toujours à l’action (sauf, bien sûr, lorsqu’elle est empêchée par quelque chose d’extérieur).
    Seule la volonté bonne est morale. Tout le reste, talents de l’esprit (intelligence, esprit critique etc.), qualités de tempérament (persévérance, courage, décision) peut être bon ou mauvais selon l’usage qu’en fait la volonté.
    La volonté est bonne en elle-même. Ce n’est pas son œuvre qui est bonne, ni ses succès, ni son aptitude. C’est le vouloir lui-même. Autrement dit, on ne mesure pas la moralité au contenu de l’action mais à sa forme (à savoir la volonté qui a présidé à cette action). C’est en ce sens qu’on a pu dire qu’il y a un formalismede Kant, une morale formelle. Dès lors même si la volonté bonne n’avait aucune influence et que, malgré tous ses efforts par l’utilisation de tous les moyens dont elle dispose, elle n’arrivait à rien, elle garderait toute sa valeur.
    Pour Kant jamais un sentiment n’est moral. Par exemple, la pitié n’est pas morale car elle relève du sentiment et non de la raison. La morale kantienne est une morale rationnelle. La volonté bonne est déterminée par la raison. La volonté trouve dans la raison les règles de son action. Il y a un certain rigorismekantien : il faut exclure tout sentiment de la morale. Le seul sentiment acceptable est le respect mais il s’agit du respect de la loi morale.

    b) Le devoir
    Chez Kant, il faut distinguer deux sortes d’action à savoir l’action faite par devoir et l’action seulement conforme au devoir.
    Seule la première de ces deux actions est morale et non la seconde. Le véritable acte moral se fait par devoir et doit aller sans inclination c’est à dire sans intérêt.
    Par exemple, imaginons un commerçant qui vend ses articles à un prix convenable, sans chercher à voler sa clientèle. Il se dit moral mais, nous l’avons dit, un acte en lui-même n’est jamais moral. Tout dépend de l’intention qui y préside. Si notre commerçant agit par devoir c’est à dire qu’il est simplement un honnête homme qui considère qu’il ne faut pas escroquer la clientèle, alors il est effectivement moral. En revanche, s’il agit ainsi uniquement par intérêt, ayant compris que, s’il vendait plus cher, la clientèle irait voir ses concurrents, alors son attitude n’a aucune valeur morale.
    Bien plus, même si l’inclination n’est pas un intérêt mais le simple plaisir de faire le bien, l’acte n’est pas moral. Si j’éprouve du plaisir à faire le bien, je ne suis pas pleinement moral car je n’agis pas seulement par devoir mais aussi pour mon plaisir. Un être qui par tempérament est indifférent à tout et qui, néanmoins, fait le bien est plus moral que celui qui le fait avec plaisir.
    Mais qu’est ce que le devoir ? Le devoir est la nécessité d’accomplir une action par seul respect pour la loi morale. Je peux à la rigueur avoir de l’inclination pour l’effet de l’action mais je ne peux en avoir, si je veux être moral, pour l’action elle-même. De ce point de vue, Kant remarque qu’il est douteux que des actions aient jamais été réalisées par devoir et que, du reste, des philosophes ont attribué à l’amour propre la totalité de nos actions. Il est impossible d’établir par expérience un seul cas où l’action ait été effectuée par devoir car on ne peut jamais pénétrer jusqu’aux mobiles secrets des hommes. Mais peu importe ! Cela ne change rien à la nature de la morale.

    c) l’impératif catégorique.
    La représentation d’un principe en tant que contraignant pour une volonté s’appelle un commandement et la formule du commandement s’appelle un impératif. Les impératifs s’expriment par le verbe devoir (sollen). “Il le faut” et non pas “je le veux”, telle est la formule du commandement.
    L’impératif est donc ce qui dit ce qui est bon à faire à une volonté qui ne fait pas toujours une chose parce qu’il lui est représenté qu’elle est bonne à faire. L’impératif dit à la volonté “il faut”, lorsque la volonté préférerait dire “je veux”. Nous n’obéissons pas nécessairement à l’impératif et l’impératif apparaît bien comme une contrainte. Kant fait remarquer qu’une volonté parfaitement bonne n’aurait nul besoin d’impératif parce qu’elle voudrait nécessairement ce qui est en accord avec la loi morale. C’est le cas de Dieu mais chez l’homme le mal est possible. Notre volonté doit donc se plier à la contrainte de l’impératif.
    Il existe deux sortes d’impératifs :

  • Les impératifs hypothétiquesexpriment la nécessité pratique d’une action comme moyen d’arriver à quelque chose que l’on veut ou pourrait vouloir. Ils sont conditionnels. Ils s’expriment sous la forme : “Si je veux faire ceci, alors je dois faire cela”. Ils expriment seulement que l’action est bonne pour accomplir telle ou telle fin. Par exemple “Si je veux planter un clou, alors je dois utiliser un marteau”. On voit clairement que ceci n’a rien à voir avec la morale.
  • Les impératifs catégoriquesexpriment qu’une action est nécessaire pour elle-même, objectivement, sans autre but. L’impératif catégorique n’est soumis à aucune condition particulière et est donc toujours valable quelles que soient les circonstances. Par exemple, si je peux montrer que ne pas mentir est un devoir alors il me faudra toujours le respecter, quelles que soient les circonstances, même si par exemple un meurtrier me demande où se cache mon ami.

Pour Kant, seul l’impératif catégorique est moral. C’est la loi morale et il n’en existe d’ailleurs qu’un seul même s’il peut recevoir plusieurs formulations. La première formulation de l’impératif catégorique s’exprime ainsi : “Agis toujours de telle sorte que tu puisses aussi vouloir que la maxime de ton action devienne une loi universelle”. Il s’agit de se demander à chaque fois que l’on agit si l’on peut vouloir raisonnablement et sans se contredire que tout le monde agisse de la même façon. Par exemple supposons que j’ai besoin d’argent par besoin vital et que j’en emprunte en sachant très bien que je ne pourrais jamais le rendre, puis-je moralement promettre que je rendrai cet argent sachant que si je ne le promets pas on ne me le donnera pas et que j’en ai pourtant besoin ? Poser la question de la moralité d’un tel acte revient à se demander s’il est possible de faire un principe universel de la fausse promesse. Mais si c’était le cas, si toute promesse était fausse, personne ne croirait ce qu’on lui promettrait et il n’y aurait plus aucun sens à promettre. Considérer la fausse promesse comme morale est contradictoire.
Une seconde formulation de l’impératif catégorique s’énonce ainsi : “Agis toujours de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais seulement comme un moyen”. Dans notre exemple, il est clair que par la fausse promesse j’utilise l’autre comme un moyen. Je fais de lui un instrument au service de mon intérêt. De la même façon vouloir se suicider est immoral puisque faire de ma personne une fin suppose de continuer à vivre et non de m’anéantir.

d) morale et métaphysique
La morale une fois constituée va fonder la métaphysique. Kant en déduira en effet des raisons de postuler l’existence de Dieu et celle de la liberté. La morale va fonder logiquement la métaphysique.
Il n’y a pas de morale sans liberté au sens où seul un être libre peut être moral. Comment en effet qualifier de moral (ou d’immoral) quelqu’un qui aurait agi contraint et forcé ? Mais on sait que l’existence de la liberté faisait partie de ces problèmes indécidables où l’on peut à la fois démontrer la thèse et l’antithèse (voir plus haut). La morale va cependant nous donner des raisons de postuler l’existence de la liberté. En effet, toute philosophie morale serait absurde si l’homme n’était pas libre. Or la raison a néanmoins pu construire une morale. Renoncer à cette œuvre de la raison qu’est la morale c’est renoncer à ce qu’il y a de spécifiquement humain dans l’homme. C’est retomber au niveau de l’animalité. Il faut donc admettre que nous sommes libres. Certes ce postulat est un acte de foi mais il s’agit d’une foi raisonnable.
En ce qui concerne le problème de Dieu, le raisonnement est analogue. L’existence de Dieu va être le fondement ontologique de la morale et la morale le fondement logique de l’existence de Dieu. Kant fait remarquer qu’il n’y a nulle liaison nécessaire entre la moralité et le bonheur pour l’excellente raison que la morale exclut la considération de notre intérêt et donc de notre bonheur. Pourtant le bonheur est aussi une de nos préoccupations. Si on ne postule pas l’existence de Dieu, l’homme honnête semble renoncer à cet autre but humain qu’est le bonheur. C’est Dieu qui m’assure que la finalité morale conduit au Souverain Bien, synthèse des finalités morales et empiriques de l’homme.

e) La théorie de l’histoire et de la politique.
C’est par le mal que commence l’histoire de la liberté car elle est l’œuvre de l’homme. Si on s’en tient à ce que l’on voit, l’histoire semble un récit privé de sens, plein de bruit et de fureur. Quant au problème de la constitution des sociétés humaines, il est si peu d’ordre rationnel et moral qu’il pourrait être résolu par un peuple de démons pourvu qu’ils fussent intelligents puisqu’il s’agirait de trouver un système garantissant leur vie et leurs biens à des êtres dont chacun voudrait s’exempter des lois permettant d’y parvenir : ” Le bois dont l’homme est fait est si tordu qu’on ne voit pas comment on pourrait en équarrir quelque chose de droit”.
L’homme est un animal qui, lorsqu’il vit parmi ses semblables, a besoin d’un maître pour soumettre son égoïsme à une volonté générale assurant à chacun sa liberté. Mais où trouver ce maître ailleurs que dans l’espèce humaine ? Et ce maître, par conséquent, aura lui-même besoin d’un maître etc.
Pourtant l’espèce humaine progresse. On peut soupçonner dans la nature l’action d’un sage dessein. Ainsi c’est notre insociabilité qui nous rend finalement sociable quand le déchaînement anarchique de nos égoïsmes suscite le besoin d’un ordre social et de lois. La raison alors forme l’idée du principe de tout État juste : celle d’un contrat originaire, tel qu’il oblige toute législation à pouvoir se présenter comme issue d’une volonté générale afin qu’il soit possible à tous de vouloir lui obéir (on notera l’influence de Rousseau. )
De même la puissance de l’argent (qui n’est pas morale) a poussé les hommes à rechercher la paix pour pouvoir commercer librement. La raison éclairée propose alors comme un devoir l’institution d’une société des États libres, seule capable de garantir une paix perpétuelle.

La Critique de la faculté de juger

  1. a) L’esthétique
    Il s’agit de résoudre la question suivante : quelles sont les conditions du jugement esthétique c’est à dire du jugement qui me fait affirmer d’un objet qu’il est beau ? 
  • Une finalité sans fin: le beau n’est pas l’utile et ne renvoie donc à aucune fin extérieure. En revanche l’objet beau est harmonie et constitue donc une finalité interne. Par exemple dans un tableau chaque couleur, chaque coup de pinceau contribue à ce résultat qu’est le tout.
  • Un universel sans concept : le jugement esthétique est un jugement universel en ce sens qu’il est en droit valable pour tous. Il faut distinguer le beau de l’agréable qui lui ne concerne que l’individu parce qu’il n’est qu’un plaisir des sens. Je peux certes trouver agréable le vin des Canaries quand un autre ne l’aimera pas, trouver douce la couleur violette quand un autre la trouve triste et il n’est pas question ici d’en discuter pour savoir qui a raison. Mais quand je dis d’un objet qu’il est beau, je m’attends à ce qu’autrui juge comme moi. Néanmoins, le caractère universel de ce jugement n’en fait pas un jugement logique comme on en trouve dans les sciences. Il est en effet impossible de définir, de conceptualiser, le beau.
  • Un plaisir désintéressé: le seul critère qui me permette de dire d’un objet qu’il est beau est la satisfaction, le plaisir, que j’éprouve à sa représentation. Mais il faut distinguer ce plaisir du plaisir intéressé procuré par l’agréable. Parce que l’utilité ne doit pas intervenir dans le jugement esthétique, celui-ci ne peut être que désintéressé.

Il faut distinguer le beau du sublime. Si le beau est fini, le sublime, lui, nous dépasse infiniment. Ce sont les objets terribles, démesurés qui inspirent le sublime et nous portent à penser que l’homme peut surmonter sa petitesse.

b) Le vivant
On reconnaît les vivants à ce qu’ils sont à la fois cause et effet d’eux-mêmes. Par exemple, un arbre se produit lui-même, comme espèce en se reproduisant, comme individu en s’accroissant. Il se produit à la fois dans ses parties et dans sa totalité. Le vivant et un être organisé et s’organisant lui-même.
On ne peut expliquer la vie uniquement par des lois mécaniques et Kant montre la différence de nature entre le vivant et la machine. Une montre ne se reproduit pas, ne peut se réparer elle-même. Chacune de ses parties ne saurait engendrer les autres. Or tous ces aspects existent dans le vivant. “Un produit organisé de la nature est un produit où tout est fin et moyen réciproquement”

 Les principales œuvres.

  • Dissertation de 1770
  • Critique de la raison pure(1781-1787)
  • Prolégomènes à toute métaphysique future qui voudra se présenter comme science(1783)
  • Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique (1784)
  • Fondements de la métaphysique des mœurs(1785)
  • Critique de la raison pratique(1788)
  • Critique du jugement(1790)
  • La Religion dans les limites de la simple raison(1793)
  • Traité de paix perpétuelle(1795)
  • Anthropologie du point de vue pragmatique(1798)                                                                      ————————————————————————————————
  •   sos.philosophie.free

 

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